16 novembre 2013

Vice et vertu

La bourgeoisie est à la fois le vice et la vertu, l'avarice et la prodigalité, la répression et la contestation, la technocratie et le hippy. Et cette dualité interne est au niveau du néo-capitalisme une profonde, secrète, définitive complémentarité [...]
Nous rappellerons que le niveau de vie est l'infrastructure de cette modalité superstructurale qu'est le genre de vie, qu'il y a un rapport d'expression quasi immédiat (mais très souvent caché). Aussi pouvons-nous avancer cette thèse : la classe ouvrière identifie son niveau de vie et son genre de vie, alors qu'au contraire moyenne et grande bourgeoisie peuvent à partir d'un commun niveau de vie, disposer de deux genres de vie contradictoires (disons, pour simplifier, une vie de privation ou une vie de jouissance) [...]
L'idéalisme fonctionne ainsi : le bourgeois, nanti de l'équipement et des biens de consommation, peut oublier [...] ce qu'il n'a jamais eu à produire. Il ne sait pas - il ne veut pas savoir - que tout cela n'est qu'objectivation du travail.
Alors que la classe ouvrière, productrice et non-consommatrice, est porteuse de l'ordre éthique, le bourgeois vit dans la morale (ou dans sa contestation) selon la configuration positive ou négative de l'Œdipe. L'ordre moral sécrète l'ordre immoral (drogue, sexe, provocation) comme celui-ci travaille pour le libéralisme.

Michel Clouscard, Néo-fascisme et idéologie du désir, Delga