23 septembre 2012

Sciurus


L'écureuil est un joli petit animal, qui n’est qu’à demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilité, par l'innocence même de ses mœurs, méritaient d'être épargné ; il n'est ni carnassier, ni nuisible, quoiqu'il saisisse quelquefois des oiseaux : ses aliments ordinaires sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la faine et du gland ; iI est propre, leste, vif, très alerte, très éveillé, très industrieux, il a les yeux pleins de feu, la physionomie fine, le corps nerveux, les membres très dispos : sa jolie figure est encore rehaussée, parée par une belle queue en forme de panache, qu'il relève jusque dessus sa tête, et qu'il maintient étendue ; c'est un parasol sous lequel il se met à l'ombre. Le dessous de son corps est garni d'un appareil tout aussi remarquable, et qui annonce de grandes facultés pour l'exercice de la génération ; il est, pour ainsi dire, moins quadrupède que les autres ; il se tient ordinairement assis, presque debout, et se sert de ses pieds de devant, qui sont libres, comme d'une main, pour porter à sa bouche : dans cette attitude le corps est dans une position verticale. Au lieu de se cacher sous terre, il est toujours en l'air : il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un hêtre, dont l'écorce est fort lisse. Il approche des oiseaux par sa légèreté ; il demeure, comme eux, sur la cime des arbres, parcourt les forêts, en sautant de l'un à l'autre, y fait son nid , cueille les graines, boit la rosée, et ne descend à terre que quand les arbres sont agités par la violence des vents. On ne le trouve point dans les champs, dans les lieux découverts, dans les pays de plaine ; il n'approche jamais des habitations ; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois fort élevés, sur les vieux arbres des plus hautes futaies. Il craint l'eau, et l'on assure que lorsqu'il faut la passer, il se sert d'une écorce pour vaisseau, et de sa queue pour voile et pour gouvernail ; voilà du merveilleux. Il ne s'engourdit pas, comme le loir, pendant l'hiver ; il est en tout temps très éveillé, toujours très alerte : pour peu que l'on touche au pied de l'arbre sur lequel il repose, il sort de sa petite bauge, et fuit sur un autre arbre, ou se cache à l'abri d'une branche.

Ce petit quadrupède est très prévoyant ; il ramasse des noisettes pendant l'été, en remplit les troncs et les fentes d'un vieux arbre qu'il a choisi : voilà le grenier auquel il a recours en hiver ; il cherche aussi ses vivres sous la neige, qu'il détourne en grattant. Il a la voix éclatante, et plus perçante encore que celle de la fouine ; il a de plus un murmure à bouche fermée, un petit grognement de mécontentement, qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite : il est trop léger pour marcher ; il va ordinairement par petits sauts, et quelquefois par bonds ; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu’il grimpe en un instant sur un hêtre dont l’écorce est fort lisse.
Saltimbanque politique de l’école libérale, tournant perpétuellement dans un cercle vicieux. – Joli, vif, sémillant, souple, adroit, habile aux tours de passe-passe parlementaires ; inquiet, ambitieux, actif, capable des efforts les plus énergiques et des palinodies les plus honteuses pour s’élever aux plus hautes… dignités de l’Etat ; - soigneux de ses intérêts personnels et de ceux de sa famille, bon fils, bon époux et bon père, dotant généreusement les siens de préfectures et de recettes générales.

L’Ecureuil possède sur les arbres les plus élevés du canton qu’il habite une foule de résidences bien étoffées, bien chaudes et tournées chacune vers un point différent de l’horizon, de manière à pouvoir offrir au propriétaire un abri assuré contre la tempête politique, de quelque côté que le vent souffle, du Roi ou de la Ligue.

L’Ecureuil affectionne particulièrement la faîne et la noisette, deux fruits qui donnent l’huile, emblème de lumière et de richesse ; deux fruits qui proviennent du coudrier et du hêtre, arbres symboliques de l’industrie utile. Ce qui signifie que les ambitieux de cette catégorie doivent leur élévation à leurs talents et à leur industrie, et qu’ils sont fils de leurs œuvres.

Il n’est pas rare de voir cette classe d’ambitieux, quand l’âge de la retraite a sonné, abandonner tout à fait les affaires et se retirer dans quelque villa délicieuse, pour jouir de la fortune qu’ils ont su amasser, et méditer à loisir sur Horace, Jomini ou Tacite. Par allusion à cette habitude, l’Ecureuil renonce à la gymnastique quand arrive la saison d’hiver, et se retire dans le creux d’un vieux chêne pour jouir dans une douce quiétude de la fortune (monceau de noisettes et de faînes) qu’il a su amasser.

La France ne possède qu’une seule espèce d’Ecureuil. L’Ecureuil volant (polatouche) appartient au nouveau monde et à l’Australie. J’ai possédé à Paris un couple de polatouches de Virginie. C’étaient deux charmants quadrupèdes, très friands de cette espèce de plat de dessert qu’on appelle des quatre mendiants, et qui n’oubliaient jamais de prélever sur le service de chaque jour une certaine quantité d’amandes et d’avelines qu’ils allaient déposer aussitôt derrière une vieille tapisserie à ramages, au fond de laquelle ils avaient pratiqué une ouverture et élu domicile pour l’hiver.

La chasse à l’Ecureuil n’est pas une chasse sérieuse, c’est une chasse d’enfant, un divertissement plein de charmes. Elle se pratique l’hiver, quand les feuilles des arbres sont tombées et ne protègent plus la demeure du gentil animal contre les recherches de ses ennemis. Il suffit de cogner un peu fort au tronc de l’arbre sur lequel est bâti l’édifice aérien, pour en faire déloger le locataire, qui s’élance aussitôt vers les branches les plus élevées du voisinage, où sa robe rouge devient un excellent point de mire.