13 juillet 2010

1777

On condamna d’abord la naïveté Française, comme une étourderie, & ensuite on finit par la copier, de sorte que l’Espagne, l’Angleterre, la Hollande, ont maintenant des Ambassadeurs qui savent rire & se communiquer. La politique même Italienne se défait tous les jours de ces petits moyens qu’employa si souvent le Cardinal Mazarin, & qui sont le partage des âmes pusillanimes. L’Europe ne met plus en usage, comme autrefois, l’espionnage & la délation, la ressource ordinaire des méchants, & des petits esprits.

Plus d’une fois des Ambassadeurs Français déconcertèrent les Cours Etrangères, en disant toujours la vérité. Ils firent voir en déployant une âme magnanime, qu’un grand Ministre sait entrer dans les détails, sans être minutieux, & qu’on n’a pas besoin d’employer la supercherie, quand on a l’équité pour soi. Eh ! Pourquoi faire jouer la mine, quand on peut prendre la place d’assaut ?

Que ne dirois-je point ici des inutilités qu’on s’écrivoit jadis d’une Cour à l’autre, avec la précaution du chiffre le plus secret & le plus compliqué. La vivacité Française élagua tous ces riens précieux. On ne marque plus dans les dépêches que ce qui est essentiel, & les chefs de Bureau, comme leurs Commis, ne notent que des choses.

La politique, en conséquence, n’est plus l’art de se tendre réciproquement des pièges, ni celui de s’entortiller dans des replis tortueux, & ce sont les Français qui l’ont rendu si honnête & si peu compliquée.

Je ne dissimulerai pas qu’il y a encore quelques contrées en Europe, où l’on tient à la vieille routine ; mais toujours est-il certain, qu’on y est beaucoup moins attaché qu’autrefois, & que la politique actuelle parle & rit dans l’occasion.

Les Ambassadeurs se voient avec cordialité, & ne vivent plus dans une défiance mutuelle qui les gênoit extrêmement. Il n’y a plus que quelques subalternes, qui, pour se donner un air d’importance, jouent encore la gravité, & les Ministres des différentes Couronnes, qui résident à Venise, pour ne pas effrayer une République qui a peur de son ombre.

J’ajoute à ces réflexions, que la politique universelle ne tend maintenant qu’à la paix, & que, si les Cabinets des Princes ne font plus des Arsenaux où l’on prépare des armes pour le combat, on a cette obligation à Louis le Bien-aimé, Monarque vraiment pacifique, & à plusieurs Ecrivains Français, qui, avec beaucoup d’adresse & d’esprit, jetèrent un ridicule éternel sur les guerres & sur les guerroyans.

Charles XII, ne seroit maintenant à nos yeux qu’un illustre Chevalier errant, & tout Prince qui se feroit un jeu de prendre des Provinces, & de les ravager, passeroit à juste titre pour un pillard & pour un brigand. Les mœurs s’adoucissent, quand l’esprit s’épure, & la Philosophie, lorsqu’elle se tient dans de justes bornes, est une excellente leçon pour persuader l’amour de la paix.