23 mai 2010

Pie-grièche




13 mai 2010

Don Garcia de Silva Figueroa

Mais pour ne me pas écarter davantage, cet Ambassadeur d’Espagne s’apelle Don Garcia de Silva Figueroa. Il est fort âgé ; & quoiqu’il soit tout blanc, & sans dents ; il est néanmoins fort robuste, & si dispos, qu’il fit son entrée à cheval dans la ville, quoiqu’il voïage ordinairement dans une litière. Il étoit vétu à l’Espagnolle, de même que tous ceux de sa suite, mais fort superbement, & fort proprement, avec des fraises godronnées & empesées, & autres galanteries, qui sont extraordinaires en ces quartiers. Sans doute il auroit paru beaucoup, si son train avoit été plus nombreux ; mais il n’avoit pas plus de vingt ou vingt-cinq personnes, vétuës à la mode des Européens. Après l’avoir acompagné jusqu’à son logis, les Seigneurs Persans, selon leur coûtume, sans même décendre de cheval, se retirèrent tous chez eux. Il n’y eut que le Méhimandar, à cause de sa charge, qui l’acompagna jusques dans la chambre ; & moi, comme son compatriote ; car en ces quartiers, tous tant que nous sommes de Chrétiens d’Europe, nous nous appelons de ce nom-là. Non-seulement je le conduisis jusques dans sa chambre ; mais je demeurai plus d’une heure en conversation avec lui, sur de diférents sujets, & particulièrement sur les affaires d’Espagne. Depuis quelque mois, j’avois persuadé, tant aux Religieux, qu’aux séculiers Européens, qui sont en ces quartiers, & que je pratique ordinairement, de traiter d’excellence M. l’Ambassadeur ; parce que de tout tems, conformément à la coûtume des Portugais, on ne donnoit point d’autre titre que de Seigneurie, non-seulement aux Ambassadeurs, qui venoient quelquefois d’Espagne ; mais même au Vice-Roi de l’Inde. De manière qu’après quelque refléxion, sur ce que plusieurs Chrétiens de diférentes nations de l’Europe, qui savoient de quelle façon on traitoit en nos quartiers les Ambassadeurs du Roi Catholique, & que tous les Francs, qui se trouvoient ici, donnoient ordinairement le titre d’Illustrissime au Résident d’Angleterre en ce païs : & qu’en particulier je ne pouvois pas lui faire moins d’honneur, puisqu’on ne me le refusoit pas : je dis qu’il me sembloit qu’il seroit d’une très-pernicieuse conséquence, lorsque nous nous rencontrerons tous ensemble, ou auprès du Roi, ou en d’autres assemblées, qu’on traitât le Résident d’Angleterre d’Illustrissime, & l’Ambassadeur d’Espagne de Seigneurie seulement ; puisqu’il étoit sans doute supérieur à l’Anglois, & qu’il méritoit de lui être préféré, tant à cause de sa naissance, & de ses qualitez particulières, qui le rendoient considérable, que du rang que tenoit le Roi d’Espagne, duquel il representoit la personne. Il aprouvèrent tous mes raisons ; & il fut conclu, d’un commun consentement, qu’on le traiteroit par tout d’Excellence, & que desormais personne n’agiroit avec lui que dans cette déférence.